Touring exhibition

After being presented in Sydney and Brisbane, the Attitude As Form exhibition is showing at the Redland Art Gallery, Cleveland (Queensland) from 24 January to 28 February 2016.

The exhibition is advertised in Art Collector – What’s on, January 2016 and Facebook

We thank Beau Allen, curator, for organising the tour as well as Artisan (Qld) for their support.

For the conceptual statement of my necklace “Stitches”, follow this link.

sterling silver, antique buttons, red linen thread
stitches. sterling silver, antique buttons, red linen thread. © Blandine Hallé

Apres avoir été présentée à Sydney et Brisbane, l’exposition Attitude As Form (l’attitude en tant que forme) est presentée à la Redland Art Gallery, à Cleveland (Queensland) du 24 janvier au 28 février 2016. L’exposition est promue dans Art Collector – janvier 2016 et sur Facebook.

Nous remercions Beau Allen, directrice de l’exposition, pour avoir organisé cette tournée, ainsi que Artisan (Qld) pour leur soutien.

L’idée conceptuelle de ce collier est expliquée en suivant ce lien.

Who do you think I am – Ep4

He was 8 months old when his father died, poor Maurice (my maternal great-grand-father), not a very good start in life. His mother Jenny (born Caumartin) was 26 and his father (Edmond Bottet) was 34. Edmond had recently settled down as a magistrate with his wife in a town North of Paris (1). He was the third generation (father to son) working in the field of law as well as Jenny’s family. He had studied in Paris, where he may have become infected with tuberculosis, the common deadly disease of the 19th century.

When Edmond Bottet died in 1863, his cousins Henry and Julie Courmont (born Lutton) had been married for 23 years, with no child. There was a strong and unusual family relationship between Henri, Julie and the deceased Edmond: they were both cousin of Edmond. Rare situation, not only Julie was Edmond’s cousin (through her father and Edmond’s mother), but also Henry was Edmond’s cousin (through his mother and Edmond’s father)(2). So it is possible to imagine that Henry and Julie took care of the young widow and her child Maurice, in order to ensure that the boy has a good future. We could think that during the twenty years following Maurice’s father’s death, he and his mother benefited from Julie and Henry’s caring attention and love.

la maison Courmont
la maison Courmont, Paris

November 3rd, 1883, Henry’s wife, Julie, dies at 66. November 8th, 1884, one year and 5 days after his wife passing, Henry, then 71, marries Jenny, then aged 45. Maurice is 22 when his mother remarries. They both come and live in Henri’s “Courmont House”(3), a building rue de Berlin in Paris that his friend architect Viollet-le-Duc has built for him in 1846. It is also in 1884 that Maurice graduates from Saint-Cyr military school. After that he will leave the army to devote himself totally to his research on the French history of military weapons. He writes and illustrates a number of books that bring him some renown in his field (4). During the 1900 Universal Exhibition in Paris, he has a late 18th century weapons exhibition. Today, his books have become reference works.

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illustrations by Maurice Bottet

During my youth, whenever I would browse his books, I used to think that was the weirdest field of interest that one could spend time on! Later in life, he would become Town Councillor in his village Maffliers, Captain in the Army Reserve, and will be awarded the title of “Academic Officer” for his contribution to education.

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Maurice Bottet, before marriage

Henry Courmont was Director of Fine-Arts (5) and Member of French Historic Buildings and Monuments Commission. Henry was also a photographer and a member of the French Society for Photography in 1862. He was a friend of Prosper Mérimée and Viollet-le-Duc, both important figures of in the arts, literature and architecture during the 19th Century. Henry has been awarded with the Legion of Honour (6).

When Henry dies in 1891, seven years after his remarriage, Jenny inherits his assets, and later Maurice would inherit from her as a descendant. Amongst those assets were the “Courmont House” (and apartment building in Paris), and the property of Montbrun in Maffliers, north of Paris. Those two places will play a major role for Maurice (my great-grand father), his family and his descendants – including me: I grew up and spent my youth in the apartment where my great-grand father Maurice lived with his wife Marie (Mémé). I am now the 5th generation in the same family to own this apartment in this building. My grand-mother (Mamy) and my mother were born in this building. I have a lot of dear memories of weekends and holidays in the house of Montbrun, only 25kms north of Paris. Sadly, this property had to be sold 25 years ago.

Montbrun, Maffliers
Montbrun, Maffliers. Posted on 18/09/1911

In 1892, Maurice is 30 when he marries Marie Suquet (Mémé) who is 19. They will have two children: a daughter in 1894, Madeleine (my maternal grand-mother) and a son in 1900, Bernard. Both in their own way will continue on their father and “grand-father”’s path sharing their love of beautiful things – may that be through drawing and painting – and their inclination toward collecting…

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Maurice Bottet, military historiograph

(1) Substitut du Procureur Imperial à Soissons en 1862

(2) arbres genealogique Bottet & Lutton

Liens

(3) La “Maison Courmont”

(4) Bibliographie Maurice Bottet

(5) Henri Courmont – Directeur des Beaux-Arts

(6) Henri Courmont – Biographie

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my maternal grand-mother (Madeleine, born Bottet) genealogy

Il avait 8 mois quand son père est mort le pauvre Maurice (mon arrière-grand-père maternel), pas un très bon départ dans la vie. Sa mère Jenny (née Caumartin), avait 26 ans et son père 34 ans (Edmond Bottet). Celui-ci était venu récemment avec sa femme s’établir dans une ville au nord de Paris comme magistrat (1). Il était troisième génération de père en fils travaillant dans le domaine du droit. Il avait étudié à Paris, où il avait peut-être contracté la tuberculose qui faisait des ravages pendant 19ème siècle dans tous les milieux de la société.

Quand Edmond Bottet est mort en 1863, cela faisait 23 ans que Henry et Julie Courmont (née Lutton) était mariés, sans enfant. Il y avait une relation familiale  forte et inhabituelle entre le couple d’Henri et Julie et le décédé Edmond: ils étaient chacun cousin d’Edmond. En effet, situation rare, non seulement Julie était cousine d’Edmond (par son père et la mère d’Edmond), mais Henry également de son côté était un cousin d’Edmond (par sa mère et le père d’Edmond) (2). Alors il est permis de s’imaginer que Henry et Julie aient pris sous leur protection la jeune veuve Jenny et son fils Maurice, afin de pouvoir assurer un avenir à cet enfant. Pendant les vingt ans qui ont suivi la mort du père de Maurice, celui-ci et sa mère Jenny ont pu bénéficier de l’attention bienveillante et de l’affection de Julie et Henry Courmont.

Le 3 novembre 1883 Julie, l’épouse d’Henry, meurt à 66 ans. Le 8 novembre 1884, soit un an et 5 jours après le décès de sa femme, Henri, alors âgé de 71 ans, épouse Jenny, alors âgée de 45 ans. Maurice a 22 ans quand sa mère se remarie. Ils viennent tous les deux s’installer chez Henri dans la «maison Courmont »(3), rue de Berlin à Paris, que son ami architecte Viollet-le-Duc a fait construire pour lui en 1846. C’est en 1884 également que Maurice termine sa formation à l’école militaire de Saint-Cyr. Il quittera ensuite l’armée pour se consacrer totalement à ses recherches sur l’histoire des armes militaires en France. Il y consacrera de nombreux livres avec illustrations (4). Au fur et à mesure des années, ses écrits lui apportent une certaine notoriété dans son domaine. Lors de l’Exposition Universelle de 1900 à Paris il fait une présentation sur les armes de la fin du 18eme siècle. Ses livres sont maintenant devenus des ouvrages de référence. Pendant ma jeunesse, quand je feuilletais ses livres, je pensais que c’était le centre d’intérêt le plus étrange que l’on puisse avoir pour occuper son temps ! Il deviendra également Conseiller municipal de son village Maffliers, Il sera Capitaine de réserve et il recevra la distinction d’Officier d’Académie pour sa contribution à l’éducation par ses ouvrages.

Henry Courmont fut Directeur des Beaux-Arts (5) et Membre de la Commission des Travaux Historiques. Henry était également photographe et Membre de la Société Française de Photographie en 1862. Il était ami de Prosper Mérimée et de Viollet-le-Duc tout deux figures importante de l’art, de l’architecture et de la littérature en France au 19ème siècle. Henry sera fait Officier de la Légion d’Honneur en 1863 (6).

Quand Henry décède en 1891, sept ans après son remariage, Jenny hérite de ses biens, dont héritera ensuite Maurice Bottet en tant que descendant. Parmi ces biens, il y avait la « Maison Courmont » à Paris (un immeuble d’appartements), et la maison de Montbrun à Maffliers, au nord de Paris. Deux lieux qui joueront pour Maurice (mon arriere-grand père), sa famille et sa descendance – dont moi – un rôle majeur: j’ai grandi et passé ma jeunesse dans l’appartement où mon arrière-grand-père Maurice et sa femme (Mémé) ont vécus. Je suis maintenant la 5eme génération de la même famille à posséder cet appartement. C’est dans cet immeuble que ma grand-mère (Mamy) et ma mère sont nées. J’ai beaucoup de souvenirs qui me sont chers de weekends et vacances dans la maison de Montbrun, seulement à 25kms de Paris. Tristement cette propriété a dù être vendue il y a 25 ans.

En 1892, Maurice a 30 ans quand il se marie avec Marie Suquet (Mémé) qui en a 19. Ils auront deux enfants : une fille née en 1894, Madeleine (ma grand-mère maternelle) et un fils né en 1900, Bernard. Tous deux à leur manière continueront à partager avec leur père et leur « grand-père » un amour des belles choses – que ce soit par la peinture ou le dessin – et une inclination naturelle à collectionner…

Who do you think I am – Ep3

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Mémé Bottet (Marie Bottet, born Suquet)

Mum has just gone for surgery.  I walk around in the empty barren hospital room and see on her bedside table two black and white old photos that she has taken out from her diary’s cover – one of her younger sister, and one of her grand-mother, Mémé (Marie Bottet, born Suquet in 1873). When mum talks about Mémé, it’s always about how kind and gentle she was, how much she loved her. My grand-mother Mamy (Madeleine Kula, born Bottet 1894-1989) used to start talking about her mum by saying:  “my mother is from Puerto Rico…” and she would continue with a poem she had written that tells of a lost paradise. Mamy  had never traveled to her mother’s native island, but she grew up in that memory, that nostalgia. Mémé would sing her creole songs and tell her stories of the beautiful house and lush gardens, the servants preparing delicious creole food…

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Francisco Oller. Hacienda La Fortuna, 1885. Oil on canvas. Brooklyn Museum. Brooklyn Museum photograph

Mémé was born in Ponce, on the South coast of Puerto Rico, the year slavery was abolished on the island (1873). Her parents were Anita Ferrer y Gandia (born in 1856) and Dr Eugene Suquet (born in 1844). Anita was 15 and Eugene 27 when they married in 1871. They had met two years earlier during an “aguinaldo” – a musical event and celebration – organised in honour of Don Manual Ferrer, Anita’s father, recently returned from a trip to Spain. In the memoir book Mémé wrote, as well as in the Caribbean Genealogy & History(3), she says it love at first sight when they met, Anita, 13 at the time and this handsome, elegant French doctor recently established at Ponce.  Eugene’s father (Paul Rose SUQUET, nicked-named “Sainte-Rose”, born in 1813 in Martinique) was also a medical doctor, established in Sainte-Anne, Guadalupe. Eugene ’s family was originally from France in the Southern Alps (Sisteron & Grasse) on his father’s side and from Brittany on his mother’s side (Anne Felicie Couppé de Lahongrais, born in 1819). Only a year after the young couple’s wedding, Anita’s parents left Puerto Rico for Spain. Don Manuel Ferrer gave his son-in-law, Eugene, the responsibility of managing his plantation the “Potala”. These circumstances would have been a challenge for both Anita and Eugene: Anita was only around 16, already pregnant from her son to come. And Eugene was a young medical doctor, with no experience in the running of a sugar cane plantation.

Maternal genealogy Ferrer-Gandia & Suquet-Lahongrais

In the family, the story goes that Don Manuel Ferrer (born in 1800 in Catalogne) and his older brother Juanito fled Spain when the country was ruled by Joseph Bonaparte (Napoleon’s brother) between 1808 and 1813. My recent research gives some further insight. The Caribbean Genealogy & History(1) say that Don Manuel Ferrer’s mother died when he was a young boy, that his father remarried, and Manuel was very unhappy with the new family situation.   At 14 years old, Manual was granted permission by his father to leave  for the Caribbean colonies with his older brother to meet with some cousins already established there. They spent the first years in Curacao in a farm – an estancia. Manuel grew up to a tall handsome young man, with beautiful black eyes and a charming smile,  he was a delightful singer of seguidilla (popular Spanish songs) that he would accompany with his guitar.  The owner of the estancia died, and at 20 years old, Manuel married the owner’s widow, who was older than him. Despite a happy marriage, they had no child and his wife died some time later. Manuel was traveling a lot in the Caribbean and to America trading goods. These travels took him to Ponce, on the South coast of Puerto Rico, where he established two haciendas, the “Potala” for himself, and the “Fortuna” for his brother Juanito. Further research shows(2) that Don Manuel Ferrer acquired the right to take water from the Jacaguas River near the “Potala” in 1849. From 1850 to 1873, records show that my ancestor owned haciendas or trapiches – a horse-powered mill for sugarcane-  in Cintrona, Potala and Pastillo in Juana Diaz, Fortuna in Ponce. Don Manual Ferrer married Manuala Gandia in 1854. The Gandia family, also from Spanish background, had a coffee plantation – a “cafetal” – on the hills of the island. Manuala was only 27 years old and Don Manuel 54,  but despite the age difference, history showed their union was a happy one. They had six children, the first one was Ana María Ramona born in 1856, commonly named Anita Ferrer y Gandia – my great-great-grand mother (the Spanish tradition is to keep both your father’s and mother’s names).

When I grew up, I didn’t questioned the story given by my mother and grand-mother of our ancestors happy life in Puerto Rico. It is only recently through research that I started to question what the life on a sugar cane plantation would have really been like in the 19th century. The Caribbean Genealogy & History(3) says: “La Potala was a 1000 hectares property(4), 500 nigger slaves and 500 cattle, because not all the land was good for sugar cane. The property also comprised two large buildings with the machinery and two chimneys that was running 6 months a year. A conveyor belt was bringing the cane to the factory”.  Those words ,“500 nigger slaves”, have been hammering in my head. Human beings inventoried like cattle. Suddenly the naive dream let place to the harsh reality of sweat, hard work, pain and blood from the lashes. Nothing to be proud of.

During the first half of the 19th century, the sugar cane production was booming due to a mix of reasons (increased demand and a Spanish decree in 1815 for easier trade of good and slaves, then declined at the end of the century (5). Agriculture was hard work in Puerto Rico, with frequent cyclones and droughts. The majority of people on the island were very poor, and my ancestors would have been part of the rich minority. When Spain abolished slavery in Puerto Rico in 1873, the owners were compensated with 35 million pesetas per slave, and slaves were required to continue working for three more years(6). Passed that time, I suppose the former slaves continued to work in the plantation, for a meager wage this time. At the end of the 19th century, Puerto Rico became a battle field of the Spanish-American war than ended in 1899 with the island becoming American territory.

Anita and Dr Eugene Suquet left Puerto Rico definitely around 1886, they sailed t o France through an epic 18 days journey across the Atlantic. Anita arrived the day before her father died, at 80, just in time to say goodbye. Her daughter Marie Suquet (Mémé) was 13 when she arrived in Paris. By that age, she had already done seven times the trip sailing across the Atlantic with he parents. About a year earlier (1884-85), the family came to France and left Mémé’s brother, Eugenio, alone in a boarding school in Paris at about 12 years old . His father had very high expectations for his son’s education and future career which put enormous pressure on the child, the adolescent and the young adult who died at 32 years old in sad circumstances. In her memoirs, Mémé tells how much she and her brother Eugenio suffered from their separation. When Mémé finally arrived in France a year later, it wasn’t to be closer to her brother by any means, as she was sent herself to a Catholic boarding school. Mémé never returned to Puerto Rico, she kept the memory of her carefree, happy childhood with a nostalgia that could be heard when she sung Creole songs to her children – my grand-mother Mamy and her brother Bernard. Even the pet animal she had in her old age – a 25 to 30cm long lizard – was an expression of that nostalgia. I would have been a very young child but the image was so striking that it stuck to my memory: the one of the spiky lizard gently lying on Mémé’s arm and her hand lovingly stroking the spiky tough skin of his back as if it was the softest fur.

(1) Genealogie et Histoire de la Caraibe, numero 138 Juin 2001, p3208

(2) Sugar cane industry in Puerto Rico & inventory of haciendas/trapiches

(3) Genealogie et Histoire de la Caraibe, numero 138 Juin 2001, p3209

(4) 1000 hectare = 10 km2

(5) History of sugarcane in Puerto Rico

(6) Puerto Rico history

Maman est partie pour l’opération. Je marche dans la chambre vide de l’hôpital et je vois sur sa table de chevet deux vieilles photos en noir et blanc qu’elle a sorties de la couverture de son agenda – une de sa sœur cadette, et une de sa grand-mère, Mémé (Marie Bottet, née Suquet en 1873). Quand maman parle de Mémé, c’est toujours pour dire combien elle était gentille et douce, combien elle avait de l’affection pour elle. Ma grand-mère Mamy (Madeleine Kula, née Suquet, 1894-1989) parlait d’elle toujours en disant : « ma mère est de Porto Rico… » et elle continuait en récitant un poème qu’elle avait écrit qui parlait d’un paradis perdu. Mamy n’a jamais voyagé jusqu’à l’ile natale de sa mère, mais elle a grandi dans sa mémoire, dans sa nostalgie. Mémé lui chantait des chansons créoles et lui racontait des histoires d’une belle maison avec un jardin luxuriant, des domestiques qui préparaient une nourriture créole délicieuse…

Mémé est née à Ponce, sur la côte sud de Porto Rico, l’année où l’esclavage a été aboli sur l’ile (1873). Ses parent étaient Anita Ferrer y Gandia (née en 1856) et Dr Eugene Suquet (né en 1844). Anita avait 15 ans et Eugène 27 quand ils se sont mariés en 1871. Ils s’étaient rencontrés deux ans plus tôt à l’occasion d’un « aguinaldo » – une célébration musicale – organisée en l’honneur de Don Manual Ferrer, le père d’Anita, qui venait de rentrer récemment d’Espagne. D’après ce que Mémé raconte dans son livre de mémoires, et d’après la « Généalogie et Histoire de la Caraïbe »(1), cela a été le coup de foudre quand Anita, 13 ans à l’époque, a rencontré ce beau docteur français élégant qui s’était établi récemment à Ponce. Le père d’ Eugène, qui s’appelait Paul Rose Suquet (surnommé « Sainte-Rose », né en 1813 à la Martinique) était médecin également, installé à Sainte-Anne en Guadeloupe. La famille d’Eugène était d’origine française : des Alpes Maritimes (Sisteron et Grasse) du côté de son père et de la Bretagne du côté de sa mère (Anne Felicie Couppé de Lahongrais, née en 1819). Un an seulement après le mariage du jeune couple, les parents d’Anita quittèrent Porto Rico pour retourner en Espagne. Don Manuel Ferrer donna à son gendre, Eugène, la responsabilité de gérer sa plantation « La Potala ». Les circonstances ont dû être difficiles aussi bien pour Anita qui avait seulement 16 ans et était enceinte de son futur fils, mais également pour Eugene, qui était un jeune médecin et donc sans expérience pour gérer une plantation de canne à sucre.

Quand j’ai grandi, je n’ai pas remis en question l’histoire de la vie heureuse de nos ancêtres à Porto Rico racontée par ma mère et ma grand-mère. C’est seulement récemment par mes recherches que j’ai commencé à me poser la question de savoir ce qu’était vraiment la vie sur une plantation de canne à sucre au 19eme siècle.  La « Généalogie et Histoire de la Caraïbe »(1) dit : « La Potala, c’était 1000 ha (2), 500 esclaves nègres et 500 têtes de bétail, car toutes les terres n’étaient pas bonnes pour cultiver la canne à sucre… La propriété était complétée par de vastes bâtiments abritant la machinerie avec deux énormes cheminées, fonctionnant six mois par an. Un tapis roulant permettait d’acheminer les cannes vers l’usine». Ces mots, « 500 esclaves nègres » résonnent dans ma tête. Des êtres humains inventoriés comme du bétail. Soudainement le rêve naïf fait place à la dure réalité faite de sueur et de travail pénible, de la douleur et du sang des coups de fouets. Pas de quoi être fière.

Dans la famille on dit que Don Manuel Ferrer (né en 1800 en Catalogne) et son frère ainé Juanito on fuit l’Espagne quand le pays était sous le pouvoir de Joseph Bonaparte (le frère de Napoléon) entre 1808 et 1813. Mes recherches récentes apportent des informations complémentaires. La « Généalogie et Histoire de la Caraïbe »(3) dit que la mère de Manuel Ferrer est morte quand il était jeune, que son père s’est remarié, et que Manuel ne supportait pas cette nouvelle situation familiale. A 14 ans, Manuel a obtenu la permission paternelle de partir pour les Antilles avec son frère ainé pour retrouver des cousins déjà établis là-bas. Manuel a passé ses premières années dans une ferme – une « estancia » – à Curaçao. Il est devenu un séduisant et grand jeune homme, avec de beaux yeux noirs et un sourire charmeur. Il était un merveilleux chanteur de « séguedilles » (chansons populaires espagnoles) qu’il accompagnait de sa guitare. Le propriétaire de l’estancia est mort, et à 20 ans Manuel épousa sa veuve qui était plus âgée que lui. Malgré un mariage heureux ils n’ont pas eu d’enfants et sa femme est morte quelques temps plus tard. Manuel voyageait beaucoup dans les Caraïbes et en Amérique pour son commerce. Ces voyages l’amenèrent à Ponce, au sud de Porto Rico, où il établit deux haciendas, la « Potala » pour lui et la « Fortuna » pour son frère. D’autres recherches (4) montrent que Don Manuel a acquis en 1849 le droit d’utiliser l’eau de la rivière Jacaguas près de la « Potala ». De 1850 à 1873, il est noté que mon ancêtre possédait des “haciendas” ou “trapiche” (moulin à canne à sucre actioné par un cheval) à Cintrona, Potala et Pastillo à Juana Diaz, ainsi que Fortuna à Ponce. Don Manuel Ferrer épousa Manuela Gandia en 1854. La famile Gandia, qui était aussi d’origine espagnole, avait une plantation de café – un « cafetal »- sur les collines de l’ile. Manuela avait seulement 27 ans et Don Manuel 54, mais malgré la différence d’âge l’histoire a montré que cela a été une union heureuse. Ils ont eu six enfants, le premier étant Anita, mon arrière-arrière-grand-mère (Ana Ferrer y Gandia, née en 1856. La tradition espagnole est de garder le nom du père et de la mère).

Pendant la première moitié du 19ème siècle, l’industrie de la canne à sucre s’est développée pour plusieurs raisons (augmentation de la demande et un décret de l’Espagne permettant un commerce plus facile des marchandises et des esclaves,) puis cette industrie a decliné à la fin du siècle (5).  Cultiver la terre était un travail dur à Porto Rico, avec de fréquents cyclones et des sècheresses. La majorité de la population de l’ile était très pauvre et mes ancêtres ont dû faire partie de la riche minorité. Quand l’Espagne a aboli l’esclavage à Porto Rico en 1873, les propriétaires ont été indemnisés de 35 millions de pesetas par esclave, et les esclaves devaient travailler pour eux encore 3 ans (6). Passé ce temps, je suppose que les anciens esclaves ont continué à travailler dans les plantations, pour un maigre salaire cette fois-ci. A la fin du 19ème siècle, Porto Rico est devenu un champ de bataille de la guerre Hispano-americaine qui s’est terminée en 1899 quand l’ile est devenue territoire américain.

Anita et Dr Eugene Suquet ont quitté Porto Rico définitivement en 1886, par un voyage épique de 18 jours pour traverser l’Atlantique en bateau. Anita arriva la veille de la mort de son père, âgé 80 ans, juste à temps pour lui dire au revoir. Leur fille Marie Suquet (Mémé) avait 13 ans quand elle est arrivée à Paris. A cet âge elle avait déjà traversé en bateau l’Atlantique sept fois avec ses parents. Environ un an auparavant (1884-85) la famille était venue en France et avait laissé seul en pension Eugenio, le frère de Mémé, alors qu’il avait environ 12 ans. Son père avait de très grandes attentes pour l’éducation et la carrière de son fils, ce qui a causé une énorme pression sur l’enfant, l’adolescent et le jeune adulte qui est mort à 32 ans dans de tristes circonstances. Dans ses mémoires, Mémé raconte combien son frère Eugenio et elle ont souffert de leur séparation. Quand Mémé est arrivée à Paris, un an plus tard, ce n’était pas pour être plus proche de son frère car elle a été envoyée, elle aussi, en pension dans un institut Catholique. Mémé n’est jamais retourné à Porto Rico, elle garda le souvenir d’une enfance libre, heureuse et sans soucis, avec une nostalgie qui pouvait être entendue quand elle chantait des chansons Créoles à ses enfants, ma grand-mère (Mamy) Madeleine et son frère Bernard. Même l’animal domestique qu’elle avait quand elle était âgée – un lézard de 25 à 30 cm de long – était l’expression de sa nostalgie. Je devais être une enfant très jeune mais l’image était si frappante qu’elle s’est gravée dans ma mémoire, celle d’un lézard à la peau piquante qui était docilement allongé sur le bras de mon arrière-grand-mère qui lui caressait le dos comme si c’était un doux pelage.

Who do you think I am – Ep2

The experience of absence is something that goes a long way back in my family, on my mother’s side. I lived all my adulthood with the feeling of my sister’s absence. My mother lived all her life, since her birth, in the feeling of her older sister’s absence. I almost said “in the presence of her sister’s absence” – that’s how much palpable it would have been… My mother was born in 1930, three years after her older sister’s death in 1927. Her name was Elisabeth but everyone always called her “Bouboume”. My mother never met her “little” sister who died at the age of 7 from complication of appendix surgery. Yet still today my mum has the photograph of her little sister on the wall of her room in the family house in the Alps. Mum lived all her life with that little sister by her side. My grand-mother, Mamy, never got over the pain of her loss.

Self-portrait of Madeleine Luka (Mamy) and her daughter Bouboume before her death.
Self-portrait of Madeleine Luka (Mamy) and her daughter Bouboume. Painted from a photo in 1928.

When I grew up in Paris, we used to go once a week, on Wednesdays to my Mamy’s apartment for lunch. “We” that was my 3 brothers, my sister and my cousin (mum’s younger sister’s boy). It was just the kids and Mamy, no parents. It wasn’t a very big trip to go there – 2 storeys up for me, across the staircase hall for my cousin – as the building belonged to the family. I loved these lunches, I loved Mamy. There was something very unusual in her that didn’t quite resemble any of the adults’ behaviours that I knew at the time, when I was around 10 years old. She was funny, quirky, unconventional, and affectionate. There was something quite predictable in how these lunches would unfold. We usually had the same menu week after week: for months we had shepherd pie every Wednesdays, and then we had veal with cream every Wednesday for months…. So when the bunch of kids arrived at my Mamy’s apartment and after we said hello with kisses, she would say: “go and say a prayer for Bouboume”. That meant all of us going upstairs where she had her studio, enter a room with a long table where Mamy was sorting her correspondence, and a small little table, a child’s table, with a child’s chair. On that table were some photographs of the child, some of the child’s drawings and writings. At 8 or10 years old, even though I was brought up in a practising catholic family, I had no idea what I was supposed to do for “saying a prayer” for a dead child I had never met… I don’t think my siblings and cousin knew more than I did, but we used to stand still there in front of the little table and the chair, for a certain amount of time that felt satisfactory, before we ran downstairs for lunch. That would have been in the late 1960s, early 70s, which is about 40 years after that little child’s death. Lunch used to be fun and a little frightening. We would all laugh and talk around the table, telling each other stories, my grand-mother about her artists friends – she was a painter herself – and her meetings with other esoteric groups. We would hear stories of how to find water with a stick and how they had made a table move and talk to spirits. Lunch was served by the maid and cook. My mum, her mum, her mum’s mum… all had a maid to help them at home: the upper class Bourgeoisie lifestyle. I grew up with a silver spoon in my mouth. Until my late teens, when my family was sitting at the table for meals, my mum would ring a little brass bell to call for the maid to serve. It feels so incredibly old fashioned now yet it’s not that long ago. I was raised by my mum, the maid was there to help with the cleaning, ironing and cooking. But mum was raised by a Swiss nanny. She used to call her “Nurse”. While my grand-mother was busy with her art career and other social activities, Nurse breastfed mum, bathed her, clothed her, walked her to school, tucked her in bed, read her bed-time stories. During the Second World War, mum spent some time in Normandy, in a family house, with Nurse. She was from the German part of Switzerland, so she spoke German. Having made “friends” with the German occupant in the village, Nurse was asked to leave the family home at the end of the war. Like all women in her situation she would have been shamed, rejected, humiliated. Mum was 15, she saw this woman that had looked after her all her life, being asked to leave and to never return. It didn’t matter she had been a member of the family since mum was born. She left and mum never heard from her. Gone, absent.

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My maternal great-great grand parents in Porto Rico in 19th century. Painted by my grand-mother Mamy in 1949.

I was having a cup of tea this afternoon, looking out the window, people walking three storeys down the street, rugged up in winter clothes, with their umbrellas, in the grey, cold and wet air of winter in Paris. It made me think of my great-grand mother, my mother’s grand-mother and Mamy’s mother,  that we called Mémé. She was born in Puerto Rico in the 19th century from Spanish descent on her mother’s side (from Barcelona) and French descent from her father’s side (represented on the above painting). She grew up in the family sugar cane plantation, raised by a nanny too, black this time, not Swiss. Her life is quite a story, she wrote a whole book of memoirs about it. Today she came to my mind when I was looking at the grey, cold and wet street thinking how hard it would have been for her to arrive in Paris at 13 years old, having left her native island forever, fleeing from the guerrilla for independence from Spain and the war with America. Forever gone the sunshine and the palm trees, the abundance of flowers and fruits, the parrots and other wild animals… Gone forever. She never returned to her island. The family took Mémé’s nanny with her to Paris, I can’t imagine how difficult that would have been for her as well, displaced from her own family and culture, in this climate…

Seen from the outside, one could think that women had it easy in our family, with maids and beautiful houses. That’s seen from the outside.

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My great-grand mother, Mémé, as a child in Porto Rico. Painted by her daughter, my grand mother, in 1948-50

About my grand-mother Madeleine Luka (born Madeleine Bottet, maried to Robert Kula):

https://www.facebook.com/Madeleine-Luka-115420218495494/timeline

https://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-5abfe0f0bd1add384e40604a3dba9f72&param.idSource=FR_P-5abfe0f0bd1add384e40604a3dba9f72

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr

L’expérience de l’absence est quelque chose qui remonte loin dans la famille, du côté maternel. J’ai vécu tout l’âge adulte avec le sentiment de l’absence de ma sœur. Ma mère a vécu toute sa vie, depuis sa naissance, avec le sentiment de l’absence de sa sœur ainée. J’ai presque dit « avec la présence de l’absence de sa sœur » – tellement cela devait être palpable… Ma mère est née en 1930, trois ans après la mort de sa sœur ainée en 1927. Elle s’appelait Elisabeth mais tout le monde l’appelait « Bouboume ». Ma mère n’a jamais connu sa « petite » sœur qui est morte à l’âge de 7 ans des complications d’une opération de l’appendicite. Pourtant encore aujourd’hui maman a une photo de sa « petite » sœur sur le mur de sa chambre dans la maison familiale dans les Alpes. Maman a vécu toute sa vie avec cette « petite » sœur à son côté. Ma grand-mère, Mamy, ne s’est jamais remise de la perte de son enfant. Quand j’ai grandi à Paris, nous allions une fois par semaine, les mercredis, déjeuner chez Mamy dans son appartement. « Nous » c’était mes 3 frères, ma sœur et mon cousin (le fils de la sœur cadette de maman). C’était juste les enfants et Mamy, pas de parents. Ce n’était pas un long voyage pour nous y rendre – deux étages pour moi, et le hall de l’escalier à traverser pour mon cousin – car l’immeuble appartenait à la famille. J’aimais beaucoup ces déjeuners, j’aimais beaucoup Mamy. Il y avait quelque chose de très inhabituel chez elle qui ne ressemblait en rien au comportement des adultes que je connaissais à l’époque, quand j’avais une dizaine d’année. Elle était drôle, excentrique, non conventionnelle, et affectueuse. La façon dont ces déjeuners se passaient était assez prévisible. On avait en général le même menu, semaine après semaine : pendant des mois on avait du hachis parmentier chaque mercredi, puis on a eu des escalopes de veau à la crème chaque mercredi pendant des mois… Quand la meute d’enfants arrivait dans l’appartement et après que nous ayons embrassé Mamy pour lui dire bonjour, elle disait : « allez dire une prière pour Bouboume ». Cela voulait dire monter à l’étage où elle avait son atelier, entrer dans une pièce avec une longue table où Mamy triait son courrier, et une petite table et une petite chaise d’enfant. Sur cette table il y avait des photos de l’enfant ainsi que des dessins et des choses écrites. A 8 ou 10 ans, bien qu’étant élevée dans une famille pratiquante catholique, je n’avais pas la moindre idée de ce que j’étais supposée faire pour « dire une prière » pour une enfant morte que je n’avais jamais connue… Je ne pense pas qu’aucun des enfants ne savait, mais on avait l’habitude de se tenir debout, devant la petite table et la petite chaise, silencieusement pendant un certain temps qui avait l’air satisfaisant, avant de dégringoler l’escalier pour aller déjeuner. Cela se passait vers la fin des années 1960, début 70, c’est-à-dire environ 40 ans après la mort de la petite fille. Le déjeuner était habituellement amusant et un peu effrayant. On riait et parlait beaucoup à table, en se racontant des histoires, ma grand-mère au sujet de ses amis artistes – elle était peintre elle-même – et au sujet de ses réunions avec des groupes ésotériques. On entendait des histoires sur comment on trouve de l’eau avec un bâton, et comment ils avaient fait tourner une table et parlé avec des esprits. Le déjeuner était servi par la cuisinière et bonne. Ma mère, sa mère, la mère de sa mère… toutes avaient eu l’aide d’une servante, d’une bonne, à la maison : le mode de vie de la classe bourgeoise.  J’ai grandi avec une cuillère en argent dans la bouche. Jusqu’à tard dans mon adolescence, quand la famille s’asseyait pour les repas, ma mère sonnait une petite cloche pour appeler la bonne pour servir. Cela semble incroyablement démodé maintenant et pourtant c’était il n’y a pas si longtemps. J’ai été élevée par ma mère, la bonne était là pour aider avec le ménage, le repassage et la cuisine. Mais maman a été élevée par une nounou Suisse. Elle l’appelait « Nurse ». Pendant que ma grand-mère était occupée par sa carrière artistique et autres activités sociales, Nurse a allaitée maman, l’a baignée, habillée, emmenée à l’école, l’a couchée, lui a lu des histoires pour l’endormir. Pendant la deuxième guerre mondiale, maman a passé du temps en Normandie, dans une maison familiale, avec Nurse. Elle était originaire de la partie allemande de la Suisse, alors elle parlait l’allemand. Comme elle avait sympathisé avec l’occupant allemand dans le village, la famille a demandé à Nurse de partir à la fin de la guerre. Comme toutes les femmes dans sa situation elle a été rejetée, humiliée, rendue honteuse. Maman avait 15 ans, elle a vu cette femme qui s’était occupée d’elle toute sa vie, être renvoyée pour ne jamais revenir. Cela n’importait pas qu’elle avait été un membre de la famille depuis que maman était née. Elle est partie et maman n’a jamais eu de ses nouvelles. Partie, absente.

Je prenais une tasse de thé cet après-midi, en regardant par la fenêtre en bas dans la rue, trois étages plus bas. Je regardais les gens marcher dans la rue, emmitouflés dans leurs manteaux d’hiver, avec leurs parapluies, dans l’air gris, froid et humide de l’hiver à Paris. Cela m’a fait penser à mon arrière-grand-mère, la grand-mère de maman, et la mère de Mamy, que l’on appelait Mémé. Elle était née à Porto Rico au19eme siècle d’une mère d’origine espagnole (Barcelone) et d’un père français. Elle a grandi dans la plantation familiale de canne à sucre, élevée par une nounou noire cette fois-ci, pas Suisse. Sa vie est toute une histoire, qu’elle a écrite dans un livre de mémoires. Aujourd’hui elle m’est venu à l’esprit quand je regardais la rue grise, froide et humide en pensant combien cela avait dû être dur pour elle d’arriver à Paris à 13 ans, en ayant quitté son ile natale pour toujours, fuyant la guérilla pour l’indépendance contre l’Espagne ainsi que la guerre contre les Etats-Unis. Pour toujours perdus le soleil et les palmiers, l’abondance de fleurs et de fruits, des perroquets et autres animaux sauvages… perdus pour toujours. Elle n’est jamais retourne sur son ile. La famille avait emmené la nounou de Mémé avec elle à Paris, j’ai du mal à imaginer combien cela a dû être difficile pour elle aussi, séparée de sa propre famille, de sa culture, dans ce climat…

Vu de l’extérieur, on peut penser que les femmes avaient la vie facile dans notre famille, avec des servantes et de belles maisons. Ça c’est vu de l’extérieur.

Who do you think I am – Ep1

31 December 2015, 8pm, I’m sitting alone at the table eating pistachios while drinking port and browsing the internet… I have always wondered how my sister could eat a whole bowl of pistachios in one sitting…

1975… I enter my sister’s room and look at the bowl full of empty pistachios shells. I’m puzzled. I am 15 and I like food, but that is a mystery. I don’t know yet how alcohol can wash down anything. In this instance a full bottle of rum or vodka. I don’t see the empty bottle here in the room, she made it disappear. She is very good at making alcohol bottles disappear. She’s got it to a fine art. One day though, I found one, a full one. I didn’t search for it. I stumbled on it by chance. Actually not by chance, it really felt like a disaster to have found that bottle in the family laundry cupboard, behind a stack of towels. It wasn’t supposed to be there. And my sister wasn’t supposed to be drinking either. She was supposed to be dry at that time, after one of the rehab sessions, Things weren’t matching and it was really upsetting. I confronted her, I asked useless questions and she answered useless answers. I felt so utterly powerless. I loved my sister and I wanted her to be safe, to be saved. Another 3 years went by before I thought I had failed at saving her.

1st January 1978, I am 18 and spending the Christmas holidays at some kind of ski trip in the Alps. I am called on the phone. It’s my mother. She gives me the news – my sister died. She somewhat explains on the phone the circumstances of her death, but everything goes blurry from so much pain. For the following hours, all I can feel is the pain and the blur of tears and runny nose. The ride I get to go down in the valley to catch the train to Paris – all tears, alone. The train travel back to the family – all tears, alone. The arrival in the family apartment, the tears stop. “No, you can’t see your sister. She died in peace, she didn’t suffer. She was feeling much better lately, she’d gone a long way. It’s a relief really after all this suffering, she won’t suffer anymore, it’s all for the better.” That’s my mother talking. She’s reassuring everyone around, including herself. Everything has been a surreal blur since then: the mass with the family at the church with my mother smiling. My father telling everyone not to go to the cemetery: no need really, it’s such a long drive outside Paris, the essential has been done here at the church, with the mass at the church. What a mess. I didn’t see my sister being buried. 25 years old she was, and beautiful. A beauty I could never dream to compete with. Her long blond, curly hair, her features: a beautiful, attractive young woman. And intelligent. That’s how she was at the prime years of her youth. Before she starved herself and drunk herself to death. Hard to watch when I am entering my own teenage and I don’t have a clue who I am. Hard to see my role model for being a woman die. Hard to be true to myself after that. I could only conform to save myself. Conform to my parents’ thinking, conform to what I thought were their expectations. Shut myself up and conform. I killed myself through silence. I buried myself alive with my sister in that cemetery where I wasn’t allowed to go. Tonight is the 37th anniversary of her death. She has been so absent, I can’t imagine I could have been celebrating the New Year with my sister. Seven years older than me she was. It’s quite a difference in age, enough for me to admire her, to look up to her. I was young enough to be completely at loss and clueless about what to do and what to say.

So tonight, with the help of a few glasses of port, I know how one can eat a bowl of pistachios in one sitting. Despite the fuzziness of alcohol, I know I am on my way out of blurriness. It has been a long journey coming to peace with her death. It took 34 years before I was able to break the parental taboo and I made the trip to the cemetery to her grave, far, far away in the Parisian suburbs. Now all is good, her ashes scattered in the family property in the mountains under the old purple beech tree. It’s been a long journey for her to rest in peace, and for me to be at peace with myself.

To be able to miss someone, you need to have spent quite a bit of time with that person in your life. And you need to be in touch with your emotions. For a long time I was so numb and out of it I couldn’t think or say “I miss my sister”. It takes to see friends my age today enjoying their sister’s company to realise how much I missed out all these years without her, to feel the void she left behind. The absence. Rest in peace Isabelle.

31 décembre 2015, 8h du soir, je suis assise seule à la table en train de manger des pistaches tout en buvant du porto et en navigant sur internet… Je me suis toujours demandé comment ma sœur pouvait manger un bol entier de pistaches en une seule fois…

1975… j’entre dans la chambre de ma sœur et je regarde le bol plein de cosses de pistaches vides. Je suis perplexe. J’ai 15 ans et j’aime manger, mais c’est un mystère. Je ne sais pas encore comment l’alcool peut faire descendre n’importe quoi. Dans le cas présent une bouteille entière de rhum ou de vodka. Je ne vois pas de bouteille vide dans la chambre, elle l’a fait disparaitre. Elle sait très bien faire disparaitre les bouteilles d’alcool. Elle est devenue experte à cela. Un jour pourtant, j’en ai trouvé une, pleine. Je ne l’ai pas cherchée, je suis tombée dessus, par chance. Non en fait, pas par chance, j’ai ressenti cela comme un désastre d’avoir trouvé cette bouteille dans le placard à linge familial, derriere une pile de serviettes. Elle n’était pas supposée être là. Et ma sœur n’était pas supposée boire non plus. Elle était supposée être désintoxiquée à l’époque, après un des séjours en cure de réhabilitation. Les choses ne collaient pas et c’était très perturbant. Je lui en parlais face à face, je posais des questions qui n’avaient pas de sens, et elle répondait des réponses qui n’avaient pas de sens. Je me sentais complètement désemparée. J’aimais ma sœur et je voulais qu’elle soit en sécurité, je voulais la sauver. Trois années allaient encore s’écouler avant que je ne pense que j’avais échoué à la sauver.

1er janvier 1978, j’ai 18 ans et je passe les vacances de Noël à un séjour de ski dans les Alpes. On m’appelle au téléphone. C’est ma mère. Elle m’explique la nouvelle – ma soeur est morte. J’entends vaguement qu’elle explique au téléphone les circonstances de sa mort, mais tout est brouillé par la douleur. Tout ce que je ressens pendant les heures qui suivent c’est la douleur, un brouillard noyé de larmes et de nez qui coule. Le voyage en voiture pour descendre dans la vallée pour prendre le train – noyée de larmes, seule. Le voyage en train pour rentrer à Paris – noyée de larmes, seule. L’arrivée dans l’appartement familial, les larmes s’arrêtent. « Non, tu ne peux pas voir ta sœur, elle est morte en paix, elle n’a pas souffert. Elle se sentait beaucoup mieux ces derniers temps, elle avait fait du chemin. C’est une délivrance après toute cette souffrance. Elle ne souffrira plus, c’est pour le mieux ». C’est ma mère qui parle, elle rassure tout le monde, elle inclut. Tout est devenu un flou irréel depuis : la messe à l’église avec toute la famille, ma mère qui sourit. Mon père qui dit à tout le monde de ne pas venir au cimetière avec lui : « ce n’est pas la peine, vraiment, c’est loin en voiture, et puis l’essentiel a été fait là, avec la messe à l’église ». Quelle embrouille. Je n’ai pas vu ma sœur être enterrée. Elle avait 25 ans, elle était belle. Une beauté que je n’aurais jamais rêvé rivaliser. Ses longs cheveux blonds, ondulés, sa belle figure : une belle jeune femme séduisante. Et intelligente. Elle était ainsi au meilleur de sa jeunesse. Avant qu’elle ne s’affame et se saoule à mort. Difficile à voir alors que j’entre moi-même dans l’adolescence et que je n’ai aucune idée de qui je suis. Difficile de voir mourir mon rôle modèle en tant que femme. Difficile d’être vrai envers moi-même après cela. Je ne pouvais que me conformer pour me sauver. Me conformer à la pensée de mes parents. Me conformer à ce que je croyais être leurs attentes. Me taire et me conformer. Je me suis tuée par le silence. Je me suis enterrée vivante avec ma sœur dans ce cimetière où je n’ai pas eu le droit d’aller. Ce soir est le 37eme anniversaire de sa mort. Elle a été tellement absente. Je ne peux pas imaginer que j’aurai pu célébrer le nouvel an avec ma soeur. Elle avait 7 ans de plus que moi. C’est une bonne différence d’âge, assez pour que je l’admire et la respecte. J’étais suffisamment jeune pour être complétement perdue sur quoi faire et quoi dire.

Alors ce soir, avec l’aide de quelques verres de porto, je sais comment on peut manger un bol de pistaches en une seule fois. Malgré les brumes de l’alcool, je sais que je sors du brouillard où j’étais. Cela a été un long voyage pour être en paix avec sa mort. Il s’est écoulé 34 ans avant que je ne puisse briser le tabou parental et que je fasse le voyage au cimetière sur sa tombe, loin, loin dans les banlieues parisiennes. Maintenant tout est bien, ses cendres sont répandues dans la propriété de famille dans les montagnes, sous le vieil hêtre pourpre. Cela a été un long chemin pour elle pour trouver la paix, et pour moi pour être en paix avec moi-même.

Pour que quelqu’un vous manque, vous avez besoin d’avoir passé pas mal de temps avec cette personne dans votre vie. Et vous avez besoin d’être en contact avec vos émotions. Pendant longtemps j’ai été tellement insensibilisée et décalée que je ne pouvais pas penser ou dire « ma sœur me manque ». Il faut aujourd’hui que je vois des amies de mon âge jouir de la compagnie de leur sœur pour réaliser ce qui m’a manqué toute ses années sans elle, pour ressentir le vide qu’elle a laissé derriere elle. L’absence. Repose en paix Isabelle.