Who do you think I am – Ep1

31 December 2015, 8pm, I’m sitting alone at the table eating pistachios while drinking port and browsing the internet… I have always wondered how my sister could eat a whole bowl of pistachios in one sitting…

1975… I enter my sister’s room and look at the bowl full of empty pistachios shells. I’m puzzled. I am 15 and I like food, but that is a mystery. I don’t know yet how alcohol can wash down anything. In this instance a full bottle of rum or vodka. I don’t see the empty bottle here in the room, she made it disappear. She is very good at making alcohol bottles disappear. She’s got it to a fine art. One day though, I found one, a full one. I didn’t search for it. I stumbled on it by chance. Actually not by chance, it really felt like a disaster to have found that bottle in the family laundry cupboard, behind a stack of towels. It wasn’t supposed to be there. And my sister wasn’t supposed to be drinking either. She was supposed to be dry at that time, after one of the rehab sessions, Things weren’t matching and it was really upsetting. I confronted her, I asked useless questions and she answered useless answers. I felt so utterly powerless. I loved my sister and I wanted her to be safe, to be saved. Another 3 years went by before I thought I had failed at saving her.

1st January 1978, I am 18 and spending the Christmas holidays at some kind of ski trip in the Alps. I am called on the phone. It’s my mother. She gives me the news – my sister died. She somewhat explains on the phone the circumstances of her death, but everything goes blurry from so much pain. For the following hours, all I can feel is the pain and the blur of tears and runny nose. The ride I get to go down in the valley to catch the train to Paris – all tears, alone. The train travel back to the family – all tears, alone. The arrival in the family apartment, the tears stop. “No, you can’t see your sister. She died in peace, she didn’t suffer. She was feeling much better lately, she’d gone a long way. It’s a relief really after all this suffering, she won’t suffer anymore, it’s all for the better.” That’s my mother talking. She’s reassuring everyone around, including herself. Everything has been a surreal blur since then: the mass with the family at the church with my mother smiling. My father telling everyone not to go to the cemetery: no need really, it’s such a long drive outside Paris, the essential has been done here at the church, with the mass at the church. What a mess. I didn’t see my sister being buried. 25 years old she was, and beautiful. A beauty I could never dream to compete with. Her long blond, curly hair, her features: a beautiful, attractive young woman. And intelligent. That’s how she was at the prime years of her youth. Before she starved herself and drunk herself to death. Hard to watch when I am entering my own teenage and I don’t have a clue who I am. Hard to see my role model for being a woman die. Hard to be true to myself after that. I could only conform to save myself. Conform to my parents’ thinking, conform to what I thought were their expectations. Shut myself up and conform. I killed myself through silence. I buried myself alive with my sister in that cemetery where I wasn’t allowed to go. Tonight is the 37th anniversary of her death. She has been so absent, I can’t imagine I could have been celebrating the New Year with my sister. Seven years older than me she was. It’s quite a difference in age, enough for me to admire her, to look up to her. I was young enough to be completely at loss and clueless about what to do and what to say.

So tonight, with the help of a few glasses of port, I know how one can eat a bowl of pistachios in one sitting. Despite the fuzziness of alcohol, I know I am on my way out of blurriness. It has been a long journey coming to peace with her death. It took 34 years before I was able to break the parental taboo and I made the trip to the cemetery to her grave, far, far away in the Parisian suburbs. Now all is good, her ashes scattered in the family property in the mountains under the old purple beech tree. It’s been a long journey for her to rest in peace, and for me to be at peace with myself.

To be able to miss someone, you need to have spent quite a bit of time with that person in your life. And you need to be in touch with your emotions. For a long time I was so numb and out of it I couldn’t think or say “I miss my sister”. It takes to see friends my age today enjoying their sister’s company to realise how much I missed out all these years without her, to feel the void she left behind. The absence. Rest in peace Isabelle.

31 décembre 2015, 8h du soir, je suis assise seule à la table en train de manger des pistaches tout en buvant du porto et en navigant sur internet… Je me suis toujours demandé comment ma sœur pouvait manger un bol entier de pistaches en une seule fois…

1975… j’entre dans la chambre de ma sœur et je regarde le bol plein de cosses de pistaches vides. Je suis perplexe. J’ai 15 ans et j’aime manger, mais c’est un mystère. Je ne sais pas encore comment l’alcool peut faire descendre n’importe quoi. Dans le cas présent une bouteille entière de rhum ou de vodka. Je ne vois pas de bouteille vide dans la chambre, elle l’a fait disparaitre. Elle sait très bien faire disparaitre les bouteilles d’alcool. Elle est devenue experte à cela. Un jour pourtant, j’en ai trouvé une, pleine. Je ne l’ai pas cherchée, je suis tombée dessus, par chance. Non en fait, pas par chance, j’ai ressenti cela comme un désastre d’avoir trouvé cette bouteille dans le placard à linge familial, derriere une pile de serviettes. Elle n’était pas supposée être là. Et ma sœur n’était pas supposée boire non plus. Elle était supposée être désintoxiquée à l’époque, après un des séjours en cure de réhabilitation. Les choses ne collaient pas et c’était très perturbant. Je lui en parlais face à face, je posais des questions qui n’avaient pas de sens, et elle répondait des réponses qui n’avaient pas de sens. Je me sentais complètement désemparée. J’aimais ma sœur et je voulais qu’elle soit en sécurité, je voulais la sauver. Trois années allaient encore s’écouler avant que je ne pense que j’avais échoué à la sauver.

1er janvier 1978, j’ai 18 ans et je passe les vacances de Noël à un séjour de ski dans les Alpes. On m’appelle au téléphone. C’est ma mère. Elle m’explique la nouvelle – ma soeur est morte. J’entends vaguement qu’elle explique au téléphone les circonstances de sa mort, mais tout est brouillé par la douleur. Tout ce que je ressens pendant les heures qui suivent c’est la douleur, un brouillard noyé de larmes et de nez qui coule. Le voyage en voiture pour descendre dans la vallée pour prendre le train – noyée de larmes, seule. Le voyage en train pour rentrer à Paris – noyée de larmes, seule. L’arrivée dans l’appartement familial, les larmes s’arrêtent. « Non, tu ne peux pas voir ta sœur, elle est morte en paix, elle n’a pas souffert. Elle se sentait beaucoup mieux ces derniers temps, elle avait fait du chemin. C’est une délivrance après toute cette souffrance. Elle ne souffrira plus, c’est pour le mieux ». C’est ma mère qui parle, elle rassure tout le monde, elle inclut. Tout est devenu un flou irréel depuis : la messe à l’église avec toute la famille, ma mère qui sourit. Mon père qui dit à tout le monde de ne pas venir au cimetière avec lui : « ce n’est pas la peine, vraiment, c’est loin en voiture, et puis l’essentiel a été fait là, avec la messe à l’église ». Quelle embrouille. Je n’ai pas vu ma sœur être enterrée. Elle avait 25 ans, elle était belle. Une beauté que je n’aurais jamais rêvé rivaliser. Ses longs cheveux blonds, ondulés, sa belle figure : une belle jeune femme séduisante. Et intelligente. Elle était ainsi au meilleur de sa jeunesse. Avant qu’elle ne s’affame et se saoule à mort. Difficile à voir alors que j’entre moi-même dans l’adolescence et que je n’ai aucune idée de qui je suis. Difficile de voir mourir mon rôle modèle en tant que femme. Difficile d’être vrai envers moi-même après cela. Je ne pouvais que me conformer pour me sauver. Me conformer à la pensée de mes parents. Me conformer à ce que je croyais être leurs attentes. Me taire et me conformer. Je me suis tuée par le silence. Je me suis enterrée vivante avec ma sœur dans ce cimetière où je n’ai pas eu le droit d’aller. Ce soir est le 37eme anniversaire de sa mort. Elle a été tellement absente. Je ne peux pas imaginer que j’aurai pu célébrer le nouvel an avec ma soeur. Elle avait 7 ans de plus que moi. C’est une bonne différence d’âge, assez pour que je l’admire et la respecte. J’étais suffisamment jeune pour être complétement perdue sur quoi faire et quoi dire.

Alors ce soir, avec l’aide de quelques verres de porto, je sais comment on peut manger un bol de pistaches en une seule fois. Malgré les brumes de l’alcool, je sais que je sors du brouillard où j’étais. Cela a été un long voyage pour être en paix avec sa mort. Il s’est écoulé 34 ans avant que je ne puisse briser le tabou parental et que je fasse le voyage au cimetière sur sa tombe, loin, loin dans les banlieues parisiennes. Maintenant tout est bien, ses cendres sont répandues dans la propriété de famille dans les montagnes, sous le vieil hêtre pourpre. Cela a été un long chemin pour elle pour trouver la paix, et pour moi pour être en paix avec moi-même.

Pour que quelqu’un vous manque, vous avez besoin d’avoir passé pas mal de temps avec cette personne dans votre vie. Et vous avez besoin d’être en contact avec vos émotions. Pendant longtemps j’ai été tellement insensibilisée et décalée que je ne pouvais pas penser ou dire « ma sœur me manque ». Il faut aujourd’hui que je vois des amies de mon âge jouir de la compagnie de leur sœur pour réaliser ce qui m’a manqué toute ses années sans elle, pour ressentir le vide qu’elle a laissé derriere elle. L’absence. Repose en paix Isabelle.

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